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Il faut quitter Pierre-Henri

luxembourg StatueVoici venu le temps de réfléchir tout haut… De mettre des trucs à plats. Pour y voir clair. Comme on le sait, je vis depuis un an à peu près une relation assez bizarre avec Pierre-Henri. Bizarre car mes sentiments envers lui sont mitigés. J’ai commencé par un mouvement de rejet ; que j’aurais du suivre, me semble-t-il. bref. Après moults péripéties, j’ai fini par craquer, car je suis peu de choses. J’ai culpabilisé, il m’a dit que j’étais folle, j’ai arrêté de culpabiliser… depuis le vie suit son cours,  les évènements se succèdent, on se voit parfois plus et parfois moins,  mais là j’ai du louper un truc. Tout d’un coup, après des vicissitudes, toutes sortes de personnes semblent considérer que PH et moi, c’est sérieux. Il est effrayant de constater qu’il s’agit exclusivement d’amis ou de relations de Pierre-H, vu que je n’ai parlé de lui à presque personne. Sauf une copine qui sait que ce n’est pas sérieux. Même à Hedwige, je n’ai rien dit, je me sens nouille, surtout par rapport à Gaël. L’idée de les mettre face à face est cocasse et angoissante à la fois. Mais côté Pierre-Henri, il faut croire que ça devient sérieux. Et certains sont contre l’idée que je sois amenée à prendre plus de place dans la vie de Pierre-Henri – ce qui est un comble, car non seulement je n’en ai pas l’intention, mais qu’est-ce que ça peut leur foutre? D’autres mes trouvent super. Mais idem, je ne leur demande rien !!! Cette situation est en train, côté Pierre-Henri, de prendre de déconcertantes proportions, d’autant plus gênantes que j’ai la sensation d’être dépossédée de ma vie. C’est bizarre. Que dois-je faire? Envoyer des SMS à tout le monde pour tenir les gens au courant de ma vie sentimentale? Mais ceux qui, me trouvant pas assez bien pour lui, pas disposée à m’engager, pas du tout le genre à être sa.. sa.. (je n’arrive pas à l’écrire, l’idée de vie commune me semble du dernier cocasse), seraient choqués de savoir que c’est encore pire que ce qu’ils croyaient. Ceux qui me trouvent super ne me trouverait plus super. Cela aurait au moins l’avantage de mettre tout le monde d’accord. Mais naturellement, quand en colère j’ai dit ça à Pierre-Henri il m’a enveloppé de douces paroles, n’écoutons pas les imbéciles, nous savons à quoi nous en tenir, nous sommes maîtres de notre vie… mais il est ahurissant de constater la facilité avec laquelle des gens s’en mêlent, et de constater que non, ça n’est pas indifférent. Et je dois dire, en même temps, que la situation, dès qu’elle cesse de me fiche en rage, me fait hurler de rire. C’est la première fois que ça m’arrive. Il faut que je raconte.

Mais avant, voilà le problème : j’en suis parvenue à la conclusion dont je n’aurais jamais du m’écarter – jamais : mon histoire avec Pierre-Henri est une erreur, depuis le début. J’ai eu mille occasion d’être ferme et de dire non, j’aurais du une dizaine de fois raccrocher au téléphone. Toutes sortes de sentiments m’ont fait douter. Il est quand même sympa. Ah, le coup du garçon « quand même sympa », c’est ultra traître. Sois pas chieuse. Il est pas si… Pas si.. non, pas si, mais pas non plus tellement… Bref, on ne sait plus. Alors, il faut être chieuse? Comment être chieuse dans le respect de l’autre? (Je veux bien un tutoriel). Mais c’est facile, tu dis seulement ce que tu ressens : ah ah ah, la bonne blague, il faudrait déjà que je sache exactement ce que je ressens. Si je ressens un truc et ensuite son contraire, je fais quoi : une moyenne? Je divise par deux et je retranche 3? Qui a une idée sur le fonctionnement des équations du coeur? Tout le monde tombe raide dingue amoureuse tout le temps, clairement et distinctement? Vos sentiments sont -ils tous limpides et transparents à vous-mêmes? Ah mon Dieu, comme vous avez de la chance !!! Parce que moi, pas. Est-ce que je suis amoureuse? Non. L’étais-je? Quand? Je l’ai peut-être été, certains soirs, dans certains lieux. Sous des arbres, je crois, je suis vite amoureuse dans un univers végétal, quand on me met une veste sur le dos pour me réchauffer. Mais après, il y a le lendemain matin. Le lendemain soir. Le retour. Les coups de téléphone qui suivent – ou ceux qui ne suivent pas. Le téléphone qu’on attendait le lundi, et qui vient le jeudi. Du coup, que ressent-on? Si ce n’est pas être amoureuse, ça s’appelle comment? Aimer? Aimer bien?

Vous noterez que je ne parle que de Pierre-Henri. C’est mon actualité récente. mais Lui reste là, hélas, comme si .. comme si quoi, d’ailleurs. Il reste juste là. Et d’autres. Aaaaaah. Le coeur. Et le corps aussi, même si j’en parle peu. Bref. Je vais tenter l’explo. Naturellement, Hedwige à qui je dis tout n’est pas au courant.  Magnifique cohérence. Ceci est un autre problème. Nous nous disons tout, mais dans un univers propre à Hedwige/ moi / Gaël. Pierre-Henri n’y a pas sa place.

Qui comprend? pas moi, mais je veux bien qu’on m’explique.

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Réflexions diverses

rue-paris-2

Hedwige a fumé avec morosité, des gestes nerveux, sa cigarette ; je voyais qu’elle s’en voulait de m’avoir parlé. Ou peut-être était-ce moi qui ne réagissait pas comme il fallait. Je ne voyais pas la solution, dans ce qu’elle me disait. Et puis ça ne collait pas avec elle. Je l’avais toujours vue gaie, drôle, exubérante, joyeuse. Naturellement, ça voulait dire que derrière toute cette exubérance et cette gaieté, il y avait autre chose. Je ne parvenais pas à m’y faire. Elle avait toujours la même tonicité. La même énergie.

On est retournées s’asseoir.

– Et Gaël? demandai-je.

Gaël n’arrangeait rien, m’expliqua-t-elle. Gaël était amoureux d’elle, il était patient (j’écoutais, et tentais d’imaginer Gaël patient) et décidé à tout. Mais ça n’allait pas non plus. Elle aimait beaucoup Gaël, elle le trouvait formidable, mais ça suffisait comme ça les histoires d’amour en cascades, il lui fallait se trouver une autre fille.

– C’est très simple, me dit-elle, moi, je dois arrêter de penser à Quentin, et lui il doit arrêter de penser à moi.

– Oui, dis-je, et moi, je vais arrêter de penser à Lui. Les prochains, on examine les candidatures, ou bien on se met sur Meetic, on fait un tri rationnel, parce que les méthodes artisanales, ça ne marche pas. On ne tombe jamais amoureuse du bon.

– Mais es-tu vraiment amoureuse de Lui? me demanda-t-elle d’un air « à toi maintenant » (alors que je n’avais rien demandé).

Je lui dis que je ne savais pas. Mais il y avait un truc. Sauf que je ne savais pas lequel. Donc je continuais tranquille avec Lui, dans ma tête.

Bref, on a bu du vin blanc, et après plusieurs verres, on se sentait pleines de gaieté, d’espoir et un sentiment positif nous animait. On est ressorties du restaurant, pour aller dans un autre bar, pas très loin, enfin pas trop loin, mais un peu quand même, et comme elle connaissait le gérant (que nous appelerons Sébastien), on se sentit tout de suite accueillies. Il y avait des gens, il y avait du vin, il y avait de la musique, certaines têtes m’étaient connues, je les avais déjà vues avec Hedwige. Tout allait bien. Parler, rire, penser à autre chose, des idées légères qui fusent dans la tête : c’est bien. Sauf que j’ai eu envie de dormir tôt (je dors dans n’importe quel contexte), mais j’ai fait un effort, passé ce moment, suis rentrée plus tard qu’à l’habitude et ai dormi sur le canapé de chez Hedwige, morte de soif (note : elle habite dans le Nord de Paris, l’eau du robinet y est excellente, ai-je constaté, mais diurétique).

Hedwige amoureuse et malheureuse

C’est nul, hein? Me dit Hedwige, sans oser me regarder.

Comment cela pourrait-il l’être? On ne choisit pas ses sentiments. Bon, Hedwige s’en veut d’avoir cédé à la base : elle aurait du le rejeter tout de suite. Mais elle n’a pas vu le glissement : il a toujours été, me raconte-t-elle, un peu trop tard.

– C’était un collègue super, sympa, drôle, intelligent et agréable. trop beau pour être vrai. Tu imagines? Un mec au boulot, pas désagréable à regarder, avec qui tu peux parler de ciné, de bouquin, de sortie? Pas trop vieux, pas trop jeune, pas macho… Attends : on a sympathisé, et c’est tout. On était copain. Mais j’étais contente d’aller au boulot à cause de lui.  A ce stade, quand je me suis rendu compte, pendant un arrêt maladie qu’il a eu, que je me faisais chier au boulot sans lui, ça m’a bien paru suspect… mais il est revenu, et j’ai été si contente de le voir. On s’est revu avec encore plus de plaisir, et en dehors, franchement en dehors. Il m’a accomppagné à la Fnac, on a parlé bouquin, ciné… parfois on prenait un café. OK? Je savais qu’il était marié. Quand je l’ai embrassé la première fois, j’avais juste envie de l’embrasser… juste. D’accord? Je ne voyais pas d’avenir… D’ailleurs, je n’en vois toujours pas. A chaque fois, c’était juste… il m’a dit qu’il aimait sa femme, et ses enfants, et je lui ai dit – je lui ai ri au nez. Je suis une femme indépendante, moi ! ( Rire sarcastique). En plus, quand je me regarde de l’extérieur, je suis une vrai salope, tu vois? Sa femme, ses enfants… Il leur ment. Mais ça, c’est quand je regarde de l’extérieur, quand j’essaie de penser à ce que je penserai si j’étais toi – ou sa femme – mais quand je vois les choses, de l’intérieur… je voudrais juste…. juste… des trucs normaux, de couple.

Elle se penche vers moi et fait des gestes avec ses mains.

– Et en plus tu sais quoi? Si on vivait ensemble, je suis sûre qu’au bout d’un mois ça ne marcherait pas. Rien que l’idée, tu comprends, rien que l’idée qu’il ait ailleurs une femme dont il aurait divorcé, et qu’il y ait les enfants – je ne veux pas. Tu me suis? je veux la même chose que maintenant, sans souci sans contrainte, mais en couple.  Pas en couple recasé.

Elle continue à faire des gestes avec ses mains.

– Parce que attends, il y a ses amis aussi. Il ne peut pas me présenter à ses amis. A cause de sa femme. Ils la connaissent. Ils l’aiment bien. Ils sont une bande. Il a peur de perdre ses amis. Non, pas de les perdre, mais de tout casser. Tu suis? Et moi, je suis quoi, la dedans? Une conne. Une salope.

Je toussotte.

– Non, dis-je fermement (c’est le seul truc que je puisse dire fermement). Tu es dans une situation inextricable, mais tu n’es ni conne, ni salope.

Hedwige se lève.

– Il faut que je fume.

Bon. Je sors avec elle, les autres clients nous suivent du regard.

Hedwige 4

Je suis amoureuse, me dit donc Hedwige.

Je fais une tête. On ne s’en doutait pas, pas vrai? pas du tout. Il doit bien y avoir autre chose.

– Oui je sais, ajoute-t-elle. Pas de Gaël. C’est lui qui est amoureux de moi. ça n’aide pas. Je suis amoureuse de… d’un homme.

Déjà un point acquis.

Hedwige s’accorche à son verre de gin tonic, les yeux plein de larmes, à nouveau. Mais sa voix est plutôt en colère.

– Mais, le truc c’est qu’il est marié. Dans l’absolu on s’en fout, ça m’est égal qu’il soit marié, en théorie. Je ne veux pas qu’il quitte sa femme.  Et ça tombe bien. Il ne va pas la quitter. En fait je m’en foutais. Mais plus maintenant. C’est pour ça que je te dis je suis con. On ne tombe pas amoureuse d’un homme marié.

J’essaie de me mettre à sa place, et… je n’y parviens pas. Je vois bien qu’elle est triste, mais je ne comprends pas pourquoi. Ça me désole. Je ne dis rien.

– C’était très bien au début, dit-elle. Je me suis dit que ça me distrairait, et que je ne prendrais pas ça au sérieux, puisqu’il était marié. Je croyais que je resterais distante. En dehors.  Tu vois ce que je veux dire?

Je vois très bien. C’est même la seule chose que je vois.

– Sauf que ça n’a pas marché. Il est très gentil… Si seulement il ne l’était pas. Mais je passe toujours après. Et je me suis aperçue que je ne supportais plus. Par exemple ce soir. On devait se voir. On avait rendez vous à 6 heures, juste pour un café, rue de Rivoli. Près du Louvre. Sa femme terminait à 20 heures, le temps qu’elle revienne ça nous laissait deux heures. Bon, j’aurais bien aimé passer la soirée, mais ça n’était pas prévu comme ça.  Mais il m’a appelé au boulot. Sa fille. Il a deux enfants. La jeune fille au pair devait emmener l’une à la danse, ou au judo, et la fille, il fallait l’emmener chez le médecin. Sa femme avait une réunion, lui pas, donc lui il pouvait se libérer. Parce que en plus c’est un bon père. Bref. Donc rien. Donc, plus ça va, plus j’en ai marre de passer la deuxième ; mais alors il faut si je veux le voir plus ou dans d’autres conditions, il faut que je casse une famille. Tu crois que j’ai envie de ça? Pas du tout. En plus, il ne veut pas. Moi non plus, mais j’en ai marre. Je suis à bout de nerfs. Je deviens chiante. Il va me quitter. Et je ne supporterais pas.

Elle me sourit. Ses yeux sont brillants de larmes.

– Et ne me dis pas que j’ai eu tort, ni ma pauvre.

– Non, non, dis-je. Je ne dis rien. Je ne sais pas quoi dire.

Et je ne sais pas quoi dire. Je comprends maintenant ce qu’elle ressent, mais je ne sais comment lui remonter le moral. Elle devrait le quitter, ça va mal finir.

– Je dois le quitter, dit-elle. Mais je ne peux pas. C’est nul, hein?

Hedwige : gin tonic et pommes sarladaises, entre autres

Donc, dans le salon. En désordre. Nombreux mouchoirs en papiers, télé allumée, téléphone sur la table devant le canapé. Hedwige s’assied. Ne dit rien. Moi non plus. Que dire?

Je suggère un thé ou un café, mais Hedwige préférerait une bière et n’en a plus. On sort? pas comme ça. Hedwige n’envisage même pas de sortir pas maquillée. Quelle femme ! Remarquable, non? (Ou alors c’est moi qui ne suis pas remarquable du tout).

D’ailleurs elle ne pleure plus. Elle met la télé,  zappe, dit que cette fois elle va se maquiller, repart dans la salle de bain, voilà, ressort assez vite, je range un peu pour m’occuper, elle n’a parlé que par monosyllabe et je ne sais toujours si elle s’est fait agresser, si sa grand mère est morte, si elle est virée… Rien.

– Bon, on sort, ça ne va pas aller si on reste.

Parfait, ça m’arrange aussi, je sens bien qu’elle est sous tension.

On sort, on marche, dans les rues grises, les lumières des devantures  vont s’éteignant, une voiture passe parfois avec ses feux, au loin le murmure du boulevard, autour de nous des fenêtres illuminées, des lumières chaudes dans les appartements des gens qui vivent  d’autres vies, les poteaux qu’on évite en croisant les passants, les immeubles en pierres blanches, les immeubles avec de la briques, les poubelles sont dehors, un très jeune couple passe en s’invectivant, il fait bleu autour de nous, on frissone, mais ce n’est pas le froid, c’est – un peu tout – jusqu’au restau du coin, un restau du sud ouest, bien ma chance. Je vais tenter de résister uax pommes sarladaises. Je ne devrais pas penser aux pommes sarladaises, d’ailleurs, je viens là pour soutenir moralement une amie.

– Les pommes sarladaises sont extra, me dit Hedwige en s’asseayant.

Bravo. J’éclate de rire, c’est nerveux. Elle aussi. Le serveur vient s’enquérir bien poliment si ces dames souhaient un apéritif.  » Et comment donc ! tonitrue Hedwige. « On ne va pas se laisser abattre. Hein, Fanette?

Fanette ne se laisse pas abattre ; elle plie à l’occasion, mais ne rompt jamais. Je demande un kir. « Ah non! » fait Hedwige. « Arrête avec ton kir.  »

– Mais j’aime le kir?

– Deux gin tonic.

– Ah non, non, non, dis-je au serveur qui s’éloigne, un fin sourire aux lèvres, s’il vous plait, elle veut me faire boire, mais alors au moins un gin fizz.

– Tu sais c’est mal ce que tu fais.

– Il y a autant d’alcool dans un verre de vin que dans un verre d’alccol.

– Mais c’est pas le problème. J’aime le kir.

– Tu seras plus bourrée avec un gin  et il le faut.

– Tu sais qu’il y a des gens qui nous regardent? chuchoté-je.

– Je m’en fous.

– Pas moi. On va avoir l’air de deux pauvres filles bourrées, dans peu de temps.

– Pas du tout, on aura l’air d’une jeune fille bourrée avec sa copine.

– La copine c’est toi ou moi?

Et on pouffe. Oui, le niveau des échange n »est pas toujours terrible. On s’amuse comme on peut.

Néanmoins, Hedwige baisse le ton.

Le serveur ramène les gin, tonic et fizz.

ça fait au moins trois mois que je n’en ai pas bu, j’adore ça. Je récupère le sucre au bord du verre avec mon doigt. J’adore.

Je sais, je traîne. Bon. On discute un peu, et tout d’un coup abruptement Hedwige me dit : Bon écoute, j’en ai marre, c’est vrai (je ne lui ai rien dit, son « c’est vrai est purement rhétorique), j’en besoin d’en parler. Alors je vais t’en parler. (Naturellement, je suis dévorée de curiosité).

Elle se redresse et me dit :

– Bon j’y vais. c’est pas facile. D’abord il faut que tu saches que je me sens con. Très con. Je SAIS ce que tu vas me dire.  Alors, le truc c’est c’est que (elle boit une gorgée et me dit) : je suis amoureuse.

(…….)

Où Fanette tente de comprendre ce qui se passe avec Hedwige

entree

Suite du précédent (lui même faisant suite à d’autres précédents…)

Durant le trajet, le téléphone a sonné ; c’était Hedwige ; elle ne voulait pas que je vienne. J’ai crié « Allo? Allo? ‘tain la connexion, marre de cette compagnie de merde ! » et j’ai coupé.

(Hé hé).

Pas très tranquille, je me demandais ce que j’allais faire et de quoi il allait s’agir ; Gaël était-il en cause ? malgré sa goujaterie, ça me paraissait peu probable ; il semblait bêtement amoureux, avec l’absence d’originalité des garçons difficiles qui se disent que puisqu’ils ont tant tardé à faire leur choix, c’est bien la preuve de leur bon goût.  Par ailleurs, comme tout emmerdeur amoureux, il était devenu tout gentil. Voire niais. Avec Hedwige. (Et quelque peu agaçant). Mi- niais, mi -ailleurs (c’est-à-dire que soit il perdait une heure pour trouver le bon pot de confiture, soit il ne voyait rien de ce qu’il avait sous le nez : un homme, quoi, et toujours prêt à protester qu’il avait TOUT fait ce qui était humainement possible pour le pot de confiture – exact – alors pourquoi on s’énervait qu’il ait mis la mauvaise nappe? – il y a un sketch d’un humoriste qui évoque un sujet voisin). Quoiqu’il en soit, ça ne devait pas être Gaël – mais quoi? Elle avait perdu son boulot?

Donc, j’arrivai en bas de l’immeuble, tapai le code en me trompant, retapai le code en ne me trompant pas, traversai le hall, appuyai sur le bouton de l’ascenseur qui se mit en route tout en haut avec un pfiou-bonk de mauvais augure (ascenseur en grève du zèle), m’engageai dans l’escalier en pestant – j’ai l’habitude des escaliers – et arrivai au troisième étage, la porte d’Hedwige, une porte simple, à côté d’une autre, mais en face c’est une porte double – ça fait toujours classe les doubles portes.

Sonnai et tambourinai sur la porte, prête, si tout allait bien, à m’écrier que ah la la je m’étais drôlement inquiétée, quelle nouille.

Oui, parce que en cours de route je m’étais dit que peut-être j’avais rêvé et que l’impression très négative que j’avais eu en écoutant la voix d’Hedwige n’était peut-être qu’une illusion.

Illusion qui se dissipa dès l’ouverture de la porte. Celle-ci s’ouvrit, mais à peine. Je la poussai, le couloir était dans le noir. (Car, comme la photo ne le donne pas à penser, nous étions le soir).

-Pourquoi es-tu venue? ronchonna Hedwige en refermant la porte derrière moi. Je t’ai dit que ça allait.

– Mais ça ne va pas. Pourquoi es-tu dans le noir?

– Je ne veux pas que tu me voies. Je vais me remaquiller.

– Pourquoi?

– J’ai pleuré. Je n’aime pas ça. Attends moi dans le salon.

Mon défaut, c’est l’absence de répartie (affreux), donc j’allais dans le salon, où mes pensées se bousculèrent, en sorte que je revins dans la salle de bain et expliquais les choses à Hedwige en termes clairs.

– Peut-être, lui dis-je derrière la porte, que tu ne veux pas que je te vois avec des larmes, mais je voudrais bien voir ton visage parce que je me dis que peut-être, enfin, ce sont des traces de, euh, coups et…

Hedwige fit un bruit bizarre derrière la porte et l’entrouvrit. Ses larmes coulaient et elle riait. C’était assez curieux. Il n’y avait pas de traces de coups.

– Tu es rassurée?

Je lui fis remarquer qu’elle ferait aussi bien d’attendre un peu. Le maquillage ne prendrait pas sur les larmes.

– Merde, cria Hedwige, mais pas à moi. Elle regardait le lustre du plafond du couloir, et je fis de même, machinalement. Le lustre n’avait rien. Il était juste poussiéreux.

– C’est drôlement sale, dit Hedwige en pleurant. Je ne m’en suis jamais rendu compte.

– Moi non plus. Chez moi c’est pareil, je ne lève pas la tête. (Par association d’idées, je pensais au rebord de mes vélux : crasseux).

– Je vais nettoyer, dit Hedwige en larmes.

– Mais écoute, c’est ridicule.

– Par rapport à quoi?

– Ce n’est pas une urgence.

– Rien n’est urgent, de toute façon.

– Eh bien, tout de même; si tu arrêtais de pleurer…

Hedwige me regarda :

– On pourrait alors nettoyer le lustre – si tu y tiens, continuai-je. C’était complètement idiot. En essayant de trouver quelle aurait été la bonne phrase appropriée au contexte, je m’écriai avec agacement :

– Enfin écoute c’est débile, on ne va pas nettoyer ça maintenant.

Du coup, Hedwige éclata de rire nerveusement et je la poussai dans le salon. J’étais obligée de la pousser, le couloir était étroit et elle me barrait le passage : et elle semblait partie pour rester là.

(A suivre, c’est déjà trop long, le prochain je coupe avant).

Le secret d’Hedwige

nuages

Car Hedwige avait un secret !!!
Je le savais.
Je l’aurais dit avant, on m’aurait dit hé ho t’es jaaaaaaalouse. Cette fille te pique ton copain et tout Fanette ton âme est noire et dévorée par la jalousie.
Et je me méfiais aussi : car la dernière fois que j’ai rencontré une fille sympa, c’était la copine de Lui et elle était pas si sympa. Alors ça va, les filles sympas, maintenant, je me méfie (au moins, avec les nanas qui te tirent la tronche tout de suite tu SAIS à quoi t’en tenir, c’est clair).
Je rassure tout de suite : Hedwige est toujours ma copine, non, le secret n’est pas qu’elle se métamorphose la nuit en monstre : point du tout.
Bon, on reprend dans la zénitude. Comme j’ai dit, tout d’un coup, ça a été comme si Hedwige et moi on se connaissait depuis la maternelle. Pas d’un coup : j’exagère ; comme toujours. La première fois, c’était juste comme si on se connaissait depuis un mois, et je n’avais pas toute ma tête (grosse fatigue). La deuxième, on était potesses depuis deux ans. La troisième (dans le bar), depuis dix. La quatrième, la cinquième (je ne vous les fais pas toutes, on a passé un quantité impressionnantes de fois à rire et à pouffer ; ça ne donne pas l’air intelligent ; on passe, d’accord?), on se connaissait depuis oh la la, 20 ans, la maternelle.
Et puis il y a eu le soir où on est devenue soeurs ; pas soeurs ; pas tout à fait ; mais tout comme. Il faut savoir que je n’aime pas les gens dont l’affect est trop affleurant ; oups, quelle expression ! pourtant, ça veut dire quelque chose : je rectifie : les personnes qui, en trois mots, vous racontent tout le malheur de leur vie, et vous le mettent sur le dos, jusqu’à ce que vous en soyez vous-même bouleversé. J’ai déjà donné. J’ai eu des copines, on s’est raconté nos malheurs, on s’adorait et puis six mois après, pfuit, exit la meilleure amie. Six mois après, j’exagère… Mais pas tant que ça. Il y a un temps pour les amitiés adolescentes, et puis après, adolescentes, on ne l’est plus alors on devient sérieux. On se rassemble, on se rajuste et on se tient correctement.
En ce qui me concerne (et alors curieusement, depuis que j’ai des lecteurs, c’est très dur de parler de moi), je suis douée d’un mécanisme d’auto protection furieusement efficace. Ou alors Dieu est avec moi ; ou la providence ; enfin il y a un truc. certaines personnes se retrouvent parfois seules – tristes – juste au moment où il faudrait ne plus l’être. Moi je suis l’inverse ; même si j’ai le cafard et que je pleure, je sais que le téléphone sonnera ; il sonne tout le temps ; c’est machin, c’est truc ou c’est chose. C’est presque honteux. Je connais trop de gens ; ils ne veulent pas forcément tous me voir, mais il y en a toujours un pour m’appeler, même si c’est pour récupérer un CD ou me supplier de l’accompagner à une expo pourrie – j’y vais et pendant que l’autre se fait chier je rencontre trois personnes sympas. Je n’y peux rien. Un jour, ma délicieuse collègue Isabelle m’avait demandé, sur un ton de voix délicieusement dramatique (dans les graves) : « Est-ce que ça t’est jamais arrivé de te retrouver seule? ». J’ai cherché ; j’ai dit non (je n’ai pas l’impression que je doive prendre en compte les fois où je rate le dernier métro et où je rentre à pied parce que je n’ai plus de liquide et que ma CB est dans le tiroir de ma commode chez moi ; même celle où j’ai eu les pieds mouillés et attrapé un rhume ; c’était très énervant, mais en même temps, j’étais si en colère contre moi que j’ai ri tout le temps, et rencontré des sortes de skin head avec des piercing dans une Clio pourrie mais pourrie qui ont eu pitié et m’ont déposé chez moi – j’ai passé tout le trajet à éternuer car je suis allergique au shit et la voiture puait – après on me dit mais tu es folle de monter avec des gens que tu ne connais pas – je ne suis pas folle, je suis protégée – je ne vois que ça – une civilisation extra terrestre?). Donc j’ai dit non.
Donc, tout ça, tout ce baratin, nom de Dieu 700 mots, alors que je voulais ne pas dépasser les 500 , pour dire que comme il ne m’arrive que des trucs bien, et que quand il m’arrive des trucs pas biens, je relativise et quelqu’un est toujours là pour me changer les idées, je suis terrifiée de me retrouver seule un jour ; peut-être qu’un jour je serai triste et LE TELEPHONE NE SONNERA PAS. Et là, je serai encore plus triste.
Donc en attendant, j’approvisionne mon compte (c’est mal de parler comme ça) : j’essaie d’être là pour les autres.
C’est comme ça que quand j’ai appelé un soir Hedwige, en mode alors qu’est-ce qu’on fait ma poulette ce soir? et que j’ai entendu sa voix rauque, cassée et pleines de larmes qui n’avaient pas encore coulé, je suis restée interdite ; pas très réactive ; me suis ressaisie ; lui ai demandé ce qui se passait ; « rien », a-t-elle répondu ; aussi lui ai-je dit : « bouge pas, j’arrive! ».
N’en auriez-vous pas fait autant?