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Le retour de Pierre-Henri

Attention, ce n’est pas parce que le mot Kazakhstan me rend songeuse, que je vais y aller la semaine prochaine. En plus d’être attendrie par l’Asie centrale, je suis trouillarde et déjà, aller en banlieue me fait tout drôle – alors le Kazakhstan.  Je précise (n’allez pas m’imaginer aventurière).

Ouf, quand Pierre-Henri, ma bouée, mon secours dans cet univers impitoyable, effectue une souriante apparition à mes côtés, je m’accroche à lui, le mot n’est pas trop fort, avec un enthousiasme qui pourrait parfaitement passer pour une passion ardente. Oui, ardente, encore que Pierre-Henri, bien qu’ayant, ce jour-là, opté pour une chemise blanche, à col ouvert, un peu trop grande, non cintrée, qui le conforte dans son look de bon jeune homme de bonne famille du VIIème arrondissement tendance « penseur » (Neuilly, ma chère, c’est tellement parvenu), et le look de bon jeune homme est l’un de mes points faibles (avec le look bucheron, mais à Paris, il y en a super peu, c’est mon drame), encore que, disais-je, et surtout avec ces dramatiques Ray ban, Pierre-Henri n’ait pas le physique de l’homme qui inspire quoique ce soit d’ardent – je dis ça avec une tendresse aussi violente que rétrospective – et puis d’ailleurs, justement le truc c’est que finalement on ne sait jamais trop, au fond, à quoi s’en tenir, dans ces affaires-là – sous la cendre, le feu, etc. Et puis je m’accroche vraiment à son bras. Je tente aussi le regard lourd de sens – ça ne marche pas – puis le regard qui tue – pas davantage. J’ai juste l’air de regarder mon copain après une atroce séparation de 30 minutes. De loin, Eglanteen sourirait quasi avec attendrissement. En revanche, l’oncle Yulbrynné (mais moins bien) à la boucle d’oreille me fixe avec froideur. Bon.

On conclut sur le Kazakhstan. C’est beau, mais pas hyper développé question tourisme, sauf si aventurier, hélas, pas mon cas, ni celui de Pierre-Henri. Le photographe nous offre son oeuvre. C’est gros, il va falloir qu’on se le trimballe. Mais merci.

Pierre-Henri se rapproche du buffet, moi aussi, c’est mon autre point faible, mais j’ai réussi à ne pas le montrer – preuve de l’extraordinaire contrôle de moi que mon éducation m’a donnée, et je n’en suis pas peu fière. Voyons ça. Mini sandwich tomate chèvre concombre tapenade, roulade de saumon au fromage et à l’aneth…. Et tout a du goût, donc ça ne vient pas d’un traiteur. Ou alors, LE traiteur. J’avise tout d’un coup la jeune fille asiatique en tenue officielle de soubrette du XIXème siècle, elle passe entre les convives.

– C’est super bon, lui dis-je avec enthousiasme, parce qu’elle a un regard différent du regard des deux autres extra – m’est avis qu’elle ne doit pas avoir l’habitude, elle est moins mécanique qu’eux dans ses gestes.

– Oui ! dit-elle de l’air de celle qui a goûté (je pouffe).

– C’est qui, le traiteur ?

– Ma tante, dit-elle, avec un grand sourire, avant de s’éloigner, il n’est que temps, Eglanteen a eu un mouvement vers elle en nous voyant parler, le personnel ne sait plus se tenir. Remarque les invités non plus : on ne parle pas au personnel, qui du reste est invisible.

– Laisse-la travailler, dit Pierre-Henri en jetant un coup d’oeil à sa tante, laquelle n’a finalement pas bougé, mais suit la jeune fille des yeux.

– Mais je la laisse.

– Tu lui parles.

– Oui ben on peut, quand même ? C’est la seule qui a l’air normale, ici.

Pierre-Henri fait une tête genre, euh, bouh, oh, elle dit des trucs, elle, bouh… agaçante, vu ce que j’ai dit. Pendant ce temps là, je tente le sandwich poire-bleu-raisin et le lard pruneau, pas ultra créatif, mais bon. Vive la tante. Celle de la jeune fille, je veux dire. Puis il n’y a personne autour de nous aux alentours du buffet et j’en profite :

– On y va ? Tu avais dit que tu devais passer.

– Oui, oui, je… oui.

– Si tu veux je peux y aller, moi, je veux dire seule, hein. Si tu as des affaires de famille.

– Mais non.

– Bon.

– Une minute.

Ouais, bon. Je suis trop gentille. Il s’éloigne, je médite : chacun est libre d’avoir la famille qu’il veut, ne jetons pas la pierre ; je ne suis pas moins libre, toutefois, de ne pas l’apprécier ; donc, vu que Pierre-Henri n’a pas la fibre de la rupture familiale – on n’en a pas parlé, mais c’est un pressentiment – et que du reste je n’ai pas non plus la fibre à pousser à la rupture familiale, la sagesse ne serait-elle pas de stopper net la relation ? Je sens qu’après les week end amicaux, on aura les festivités familiales, et ça ne va pas me plaire. C’est la sagesse. Ça l’est, indubitablement.

Le truc, c’est ça, voyez : tandis que je regarde Pierre-Henri traverser la pièce de sa démarche maladroite et bien élevée, un attendrissement coupable me prend. Cette coupe de cheveux ratée, ces épaules osseuses qui soutiennent sans grâce la chemise pourtant blanche, pourtant ouverte, pourtant intellectuel parisien (il a essayé), ces chaussures bateaux proprettes avec des chaussettes, c’est tellement non, c’est tellement terrible, c’est tellement impossible que je sens que je me vide de toutes mes forces, comme quand on monte dans l’ascenseur très vite. Je devrais tellement me sauver que je ne me sauve pas. Je suis maudite, je meurs sur place, avant de ressusciter, je souris, je me dis : un petit peu encore et demain j’arrête.

Demain, j’arrête, sûr, parce que je le sais, c’est absolument certain : il faut quitter Pierre-Henri.

Jean-Emmanuel

Matt se demande si j’ai craqué pour Jean-Emmanuel. Que non ! Au contraire, je reste sidérée. Un homme qui parcourt l’Asie centrale doit mesurer 1.80, avoir le visage buriné, le regard bleuté, ouvrant sur d’infinis horizons, les ongles cassés (à cause des réparations de pneu en plein Taklamakan), et s’envelopper d’un mystérieux silence. Le look ? Les lunettes noires pas trop loin, le blouson de cuir vieux, le jean.

Bon allez, chez Eglanteen, il peut mettre la chemise blanche, et une veste, mais on doit sentir qu’il n’y croit pas, qu’il fait des concessions aux obligations sociales…

Or, Jean-Emmanuel n’a même pas une tête à s’appeler Jean-Emmanuel. Plutôt frêle, visage de fouine, petit menton pointu, pores dilatées, lèvres pâles. On va dire qu’il est trapu, donc supposer qu’il peut creuser en cas d’ensablement. Sinon, nerveux, il a coincé le grand col de sa chemise dans une sorte de veste mao, et son pantalon met bien en évidence de petites jambes minces, de telle sorte que son corps parait déséquilibré entre le haut, immense, et le bas, petit. Non, je ne juge pas sur le physique, on dirait Lucky Luke en veste mao et j’aime bien Lucky Luke, mais il pourrait au moins avoir l’air décontracté. Peut-être que c’est le contraste avec les étendues sauvages du Taklamakan.

– Ah, bonjour, bonjour, me dit-il. Enchanté.

– Fanette adore l’Asie centrale, dit Eglanteen. Et puis, suavement, après cette réplique, elle va se retirer, tel un nuage, mais je ne m’en rends compte qu’après.

– Ah bon, ah bon, murmure Jean-Emmanuel, en hochant la tête d’un air approbateur. Vous connaissez ?

– Ah non, non, pas du tout, mais je, euh, ça me fait rêver.

[Merci Eglanteen, de m’offrir de tels moments de solitude, merci].[c’est là que je remarque sa disparition en volutes dans les airs]

– Ah, oui, ça fait rêver.

– Vous êtes (j’essaie de comprendre dans quel cadre il a pu se retrouver en Asie centrale) journaliste ?

– Oh non, non, pas du tout. Quinze ans dans la géotechnique pétrolière !

Il a l’air tout fier. Ça doit être bien. J’essaie de ne pas prendre l’air aussi perdu que je le suis. Dans le doute, je prends l’air impressionné, et pour bien le signifier, je serre les lèvres en hochant la tête, d’un air appréciateur. [Où est Pierre-Henri, sioupléééé ? ] Il continue, toujours fier :

– On fore, on sonde, dit-il. Mais forcément pas en France, ah ah.

– Mmm-mmm. Ah ah. Et donc l’Asie centrale, bien sûr.

– Forcément.

Je suis hyper fière de moi : de mon Et donc l’Asie centrale, bien sûr. Intonation, regard, tout y était. Vous m’auriez vu : mondaine, mais alors, LA mondaine paradigmatique. C’est l’ambiance, ça m’inspire. Et d’ailleurs, j’ai tellement bien pris l’air entendu, fille complètement dans la géotechnie pétrolière, que soudain je comprends :  en Asie centrale, il y a du pétrole. Du coup, au lieu d’avoir les yeux qui vont dans tous les sens [Pierre-Henri, reviens], je les fixe sur lui. Il a l’air content à nouveau, prend ma lueur de compréhension pour la passion de l’Asie centrale ou de la géotechnique pétrolière.

– Et du coup, vous avez fait des photos, continué-je pour l’encourager.

– Oui, forcément, on photographie ça et là.

Tout d’un coup, Pierre-Henri est au fond de la salle ; il parle à tonton, le mari d’Eglanteen. On voit, à leur attitude, que c’est de la conversation d’homme. Du crâne rasé boucle d’oreille de l’oncle au polo de Pierre-Henri, l’échange est réfléchi, raisonné, on baisse un regard grave vers le sol, on hoche la tête, on a l’air de mesurer les propos, tout ça. Bon. Avec un peu de bol, il lui parle des fonctions techniques d’un smartphone, et Pierre-Henri comprend que le sien est obsolète. Ça sent le sujet sérieux, quoi. C’est pas de la fille qui braille sur des chaussures improbables vues en solde.

– Disons que j’ai aussi eu la chance d’avoir un guide.

– Ah oui.

– Oui. Dans ces régions-là…

– Oui, j’imagine.

Bon, il arrive, oui ou non ? Il arrive. Jean-Emmanuel suit mon regard. Je ris vaguement, genre ahahaha, je vous écoute hein mais j’attends Pierre-Henri, et il sourit en retour, ahaha, bien sûr. On est figé comme deux potiches au milieu du salon, Jean-Emmanuel voudrait probablement se diriger vers d’autres personnes, mais il aurait l’air de m’abandonner et n’ose pas. Je dis fermement :

– C’est sûr que dans ces pays, il faut un guide. Quels pays, au fait ?

– Essentiellement le Kazakhstan. Essentiellement.

Sa réplique nous détend un peu : je deviens toute songeuse – effet secondaire du mot Kazakhstan – et je dis : Ah, ouais…. d’un air certainement rêveur et inspiré.

– Ça va ? demande, tout sourire, Pierre-Henri, surgi à mes côtés, toujours en polo.

Fanette

(pour aller un peu en Asie centrale….)

Dans le salon de la tante de Pierre-Henri

Bon, reprenons.

Le challenge, c’est tentenr quand même de faire avancer le schmilblick de cette histoire, même si j’ai pas le temps.

On me dira : mais pourquoi ne pas le laisser tomber, le schmilblick ?

Ce à quoi je répondrai : parce que ça fait un an que je l’ai laissé tomber et que des gens gentils m’écrivent pour me demander où je suis, et laissent des comm dès que je bouge un orteil sur le blog, du coup je culpablisie. Bilise.

DOnc, j’étais dans le salon de la tata de Pierre-Henri, sauf qu’elle ne faisait pas tata comme ma tante Marie-Hélène, qui quoique fort Marie-Hélène, n’en fait pas moins tata, ou, pire, ma tata Marie-Rose (celle qui fait du pied de porc). Eglanteen fait Ma tante, comme dans la comtesse de Ségur.

Assises sur un fauteuil Louis XV, nous récapitulions, avec un peu de fourberie, ma carrière, à laquelle je tentais de donner du lustre, façon j’ai une stratégie professionnelle, moi.

Eglanteen m’écoutait en hochant la tête, pour indiquer qu’elle suivait mon récit.

Puis elle m’a proposé de rejoindre ses invités, si j’avais un moment.

Du moment, j’en avais, quoique j’eusse préféré le dépenser en la compagnie de Pierre-Henri, puisque Pierre-Henri il y avait, de par mon propre choix.

Alors je l’ai suivi, en me reprochant d’avoir cédé à la facilité de fréquneter Pierre-Henri.

Un mec arrive, il est gentil, il est kitsch, il met des polos avec des jeans, sans sourire, et on se dit : Chiche… ON A TORT.

(Mais je suis incapable de résister à un mec inapproprié, je le sais, il faudrait que je raconte la cohorte d’erreurs de casting que je fais – et le pire, c’est que je le sais : une stratégie de l’échec de très, très grande classe).

Bref, je suis Eglanteen, très mal à l’aise, maudissant Pierre-Henri, son polo et ses lunettes de soleil, ainsi que ma connerie.

Eglanteen m’explique le concept de l’après midi (car on est l’après midi). Un très cher ami (mon estomac se retourne) photographe (argh, pensé-je, je ne sais pourquoi) revient tout juste d’Asie centrale : pourquoi l’Asie Centrale ? POURQUOI ? J’adore l’Asie Centrale, je fantasme complètement sur l’Asie Centrale, je suis une Ella Maillart spirituelle(spirituelle seulement, je suis trop trouillarde), je regarde Urga trois fois par an, quand on me dit Urumqi, je faiblis, on ajoute raisin – car, sachez le, il y a des raisins à Urumqi et je rêve de les goûter – et je défaille.

Dieu n’est pas avec moi. Enfin si, si, il y est, mais pas dans le sens qu’il faut. Il se fout de ma gueule. Je rencontre un type en polo snob sur un balcon, au lieu de fuir je ne fuis pas, le type, en plus d’être snob, s’avère gentil, je devrais fuir encore, ses amis parlent de placements et de sub primes, JE NE FUIS TOUJOURS PAS, je pars en week end avec lui, je passe chez sa tante et elle a un ami qui revient d’un endroit où je rêve d’aller.

Toutes ces coincidences aberrantes me rendent songeuses tandis que je dis mécaniquement : Oh, l’Asie centrale ?

– Vous connaissez ?

Ah, ah, ah, mais bien sûr, tous les jours j’y passe en métro : De réputation, dis-je. Urumqi, dis-je. Ella Maillart.

– Mais tout à fait, dit-elle, et, s’élançant avec une vaporeuse fluidité à travers le salon dont le parquet ancien craque sous les pas, elle m’amène devant un type et me présente :

– Jean-Emmanuel ? Voici Fanette, une amie de Pierre-Henri.

Suite….Eglanteen, quali, quanti et Louvre

Oui, la suite, genre dix ans près… non, pas dix ans, tout de même.

Alors, le nuage mordoré vaporeux ; j’ai oublié de parler du parfum ? Mais sur le parfum, je ne suis pas aussi claire : Eglanteeen porte un parfum qui sent le patchouli , ça fait rire, mais ma grand mère portait la même chose et c’est mécanique : je suis faible sur le patchouli. Comme elle me faisait aussi des chocolats au lait merveilleux, le patchouli me fait penser au chocolat poulain logique – cf Proust, Madeleine (la).

Total, dès que je suis proche d’elle, le sentiment du danger imminent est contrebalancé par celui du patchouli et du chocolat au lait de ma grand mère.

Eglantine s’enquiert de moi, ma vie, mon oeuvre. Et c’est là que le bat commence à me blesser. En général, je dis que j’ai fait une maîtrise en fac, et ça va bien. Certes, il existe des gens qui rentrent en prépas et ensuite les font toutes, c’est extrêmement énervant, ils bossent comme ils respirent, mais moi je respire plus que je ne bosse. Et je sens que j’ai honte. Je déteste ça. Pierre-Henri s’est agité longtemps dans l’une des ces écoles de commerces pour fils à Papa qui ont raté les vraies, mais je sais qu’elle ne le sais pas, ou fais semblant de ne pas le voir, je connais ce genre de personne, ou si je ne la connais pas, je le pressens, je la devine, je ne suis pas avec mes copains, pas chez ces gens qui d’avances vous passent tout parce que on ne sait pas pourquoi, on est  chez ceux qui jugent, qui décrètent et qui savent, même si je déteste. Et pourquoi je suis là ? A cause de Pierre-Henri.

Alors je brode, je file, je détourne, contourne, fuis. Comme avec mon chef. Je prends des mots, je les mets devant moi, les fais tourner. Ça marche. On ne  demande pas comment ni pourquoi, mais on passe par les salles archéologiques du Louvre, par le fonctionnement d’un service contentieux (je suis passée par là, personne ne sait pourquoi, pas même moi) et une comparaison blasée sur les mérite comparé du marketing quali et quanti. Ces deux termes sont-ils toujours à la mode ? J’en doute, les choses évoluent, dans ce domaine, il faut sortir du nouveau concept, sans quoi le vide de l’activité finit par se sentir. Mais à l’époque, quali et quanti, ça le faisait.

– J’ai commencé par le quanti, dis-je à peu près, l’air douloureux.

Curieusement, Eglantine me suit complètement. Elle devient un peu pâle, je dirais.

– Mais j’ai vite compris que j’étais plus faite pour le quali.

– Oui, oui, oui, bien sûr, et elle souffre pour moi d’avoir du en passer par là. Comme ça marche, je pousse mon avantage.

– Evidemment, le quanti est une école.

Je n’en sais rien (sauf dans la mesure où j’ai eu des chefs odieuses et où j’ai du apprendre à ne pas me sentir une merde avec ces monstres, ce qui est une drôle de bonne école, vu sous un certain angle, un jour de soleil), mais ça sonne bien, vous ne trouvez pas ?

– Ouiiii, s’écrie Eglantine. Elle a l’air si contente, on dirait qu’elle ressent une émotion physique… Etrange. Peut-être a-t-elle travaillé dans le quanti ? Ou le quali ?

– Enfin, quoique (j’ai un doute).

– La prise en compte de l’avis du consommateur, je veux dire (là, je délire un peu) – après tout, c’est la même personne qui achète les produits et celle qui va voir une expo au Louvre. Non ?

Ben si, on ne peut pas dire le contraire. Je trouve que relier le Louvre et le quanti-quali, c’est pas mal, même si ça ne veut rien dire et ne mène à rien. Après mon stress initial, je m’éclate plutôt. Elle ne doit rien y connaître, sinon elle me snoberait.

N’oublions pas que je passe un examen, tout de même. Résultat : des possibilités, mais peu mieux faire. Ça vous arrive aussi, ce genre de personnes, qui vous teste et vous tate, ou c’est seulement moi ?

la tante de Pierre Henri, suite.

Donc, disais-je il y a longtemps, l’autre un jour ce fut moi. C’était un samedi après midi normal, et j’avais retrouvé Pierre-Henri sans idée préconçue sur le déroulement de l’après-midi (preuve que nos relations évoluaient, nous nous retrouvions parce que c’était comme ça, et non plus sous le prétexte d’un film ou d’une sortie).
Je dois passer chez ma tante, me dit Pierre-Henri : et je ne me méfiai pas : je pensais aux miens, surtout Marie-Hélène, son cardigan, ses jupes droites sous le genou, je m’attendais seulement à être passé au scanner du regard d’une « dame bien », mais j’ai l’habitude, et y vois l’occasion de ressortir mon numéro de jeune fille bien, ce qu’à l’occasion j’aime assez.

Et puis je me suis retrouvé face à l’Île Saint Louis, ce qui m’a fait tout drôle ; personne n’habite là, sauf des gens que je ne côtoierai jamais (mais évidemment, me suis-je dit, Pierre-Henri peut côtoyer ce genre de personne). Une entrée d’hôtel particulier à me ratatiner au fond de mes chaussettes ; je suis d’un naturel positif, et ne jalouse personne : du moins le croyais-je avant d’avoir vu l’entrée de l’immeuble d’Eglantine. Depuis, je sais que j’en veux à une certaine catégorie de personnes : les riches qui habitent par là bas. Porte cochère, entrée d’immeuble, petite porte, deuxième entrée, jardinet, escalier en bois qui tourne dans une jolie montée d’escalier bien refaite ; porte double au premier étage ; la morsure de la jalousie me dévore, pourquoi des gens ont-ils le droit d’habiter là ET PAS MOI ? Hein? Bon. Je me contiens (à grand peine).
Une jeune fille asiatique ouvre la porte, vêtue en soubrette ; deuxième choc, je ne savais pas que ça existait encore.  Petite jupe et petit tablier blanc avec noeud. Je n’entends pas ce qu’elle dit, mais des phrases d’accueil aimables et stéréotypée, peut-être je vais chercher madame ou un truc comme ça. Survient un grand homme, crâne rasé, boucle d’oreille à une oreille, grand sourire :
– Salut Pierrot !
LE surnom que je n’aurais jamais donné à Pierre-Henri, mais bon ; on est peut-être toujours le Pierrot de quelqu’un. Le regard du grand bonhomme glisse sur moi et me scanne, mais pas façon Marie-Hélène (j’aurais préféré, je connais le résultat du scanner, dans ce cas), puis il me sourit.
– Vous devez être Fanette ! Enfin !
Idéal pour me mettre à l’aise. Je rougis comme une élève de sixième. Survient le phénomène évoqué antérieurement, dans des nuances de vert et de mordorée, fluide, gazeuse, exquise : Eglantine évolue dans ma direction.
-Pierre-Henri ! (Hululé).
Puis, changement de ton, très sèche la dame : « Mai Ly mon petit, ne restez pas là !
Mai Ly, qui avait la tête ailleurs, reprend ses esprits et s’évapore.
Rechangement de ton :
– Faaaaaaanette ! (Hululé extatique, voire gémi, vous situez?)
L’apparition avance de quelques pas, me contemple avec attendrissement (je dois en effet avoir l’air terrifié), me prend par les épaules et m’enlace. Une terrible odeur de parfum me saisit aux narines, je vais éternuer. Attention, on ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit, ça sent bon, mais c’est hyper fort et puis je ne sais pas, ça pique le nez. Pétrifiée, je me fige pour éternuer, instinctivement je me contrôle mais je fais quand même : « Tchi ! », et je redoute qu’elle ne le prenne mal, mais pas du tout :
– Oh, ce temps ! s’écrie-t-elle, et une expression horrifiée se peint sur son visage. Cette pollution : Paris est dramatique !
Elle se tourne vers son mari, le géant au crâne rasé et à la boucle d’oreille, et lui dit :
– Tu vois (on sent qu’il y a eu antérieurement débat). La petite aussi.

J’ai peur. Je le jure, j’ai peur.
Car le géant entraîne Pierre-Henri, et je me retrouve seule avec le nuage vert mordoré vaporeux.

Les cheveux de la tante de Pierre-Henri

Aaaaaah, oubli fatal ! Je n’ai pas évoqué les cheveux d’Eglantine.

Alors ses cheveux, c’est le genre Birgitte Fossey – Mia Farrow, mais pas Mia du temps de Rosemary baby, non, les derniers films avec Woody Allen. Le genre frissotté sans chichi. Un genre, je l’affirme à toutes les lectrices frissottées sans chichis qui me lisent, que je respecte totalement. C’est juste la tante qui me gonfle. ça lui fait comme un casque sur la tête, et l’idée, c ‘est qu’elle est nature. Elle n’est pas de ces femmes qui s’arrangent, les tubes dans lesquels elle se glisse sont en fait une sorte de concept vestimentaire. Je crois que c’est un concept onéreux, mais ça, c’est la faute du mec qui les vend.

Et la suite vient.

Récapitulatif de la tante : voir post précédent.

Quitter Pierre-Henri – la tante

Oui. Question toujours d’actu.

Si on vit vraiment pour de bon avec une personne, on doit fréquenter un peu sa famille, non? Or, dans sa famille, il y a une tante ; il y en a plusieurs, mais là je pense à une. Une tante mariée, avec une fille.

Description de la tante : il me faut tenter d’en donner une idée, ça vaut carrément le déplacement.

Tout d’abord, la peau de la tante : couleur poulet rôti à la broche. ça me fait toujours tout drôle quand je la vois. Elle a la couleur caractéristique des gens qui font des UV ou qui prennent des trucs à la carotte. Bronzée, mais avec un fond orange. Ensuite, cuite – il n’y pas à dire, ça me fait penser à la peau d’un poulet rôti, ça fait sec et tendu. Il n’est pas impossible qu’elle ait eu recours à la chirurgie esthétique, ce qui peut-être explique la côté tendu.

Après, il y a le sourire. Pas n’importe quel sourire. Un sourire toujours prêt, mais de convenance. A la moindre occasion, tout le système maxillo-facial est prêt et hop ! ça sourit. En même temps que les lèvres s’incurvent et que les dents apparaissent (d’impeccables dents blanches), les sourcils se haussent progressivement. Vous voyez le mouvement ou pas? En phase ultime, les sourcils sont haussés, les yeux écarquillés (on suppose qu’il s’agit d’exprimer l’émerveillement, le contentement, ou la surprise, ou les trois, ou deux sur les trois), les lèvres remontées jusqu’aux oreilles et les dents s’entrouvrent pour laisser passer quelque chose comme :

– Chris !

ou :

– Enfin vous êtes là !

ou :

– Nous commencions à nous inquiéter !

(avec un regard ultra rapide mais foudroyant à mon encontre, je suis la supposée cause du retard – j’avoue).

Bon.

Continuons. Sous le visage, nous avons :

– Un corps anguleux et musclé, précédé d’un cou maigre entourés de colliers ;

– des bras tendus de muscles peu développés, mais de muscles uniquement, pas de chair, donc pas de gras, mais ça fait sec – mais bon ;

– au bout des bras, des mains aux doigts longs, fins et osseux, pleins de bagues ; bracelets aux poignets ; couteux ;

– des jambes dans le genre des bras, avec pieds minces, longs et osseux, le plus souvent visibles à travers des sandales de type ethnique, ou des bottes basses, vaguement médiévales. Pas d’escarpin, de la ballerines plate.

Le style de la tante consiste à se glisser dans des sortes de tubulures en tissus, qui plissent et sont empilées diversement. Par ex : une jupe tube verte longue(mais chic, pas de la fringue qui pendouille) ;  une longue tunique blanche ultra moulante qui plisse ; une veste longue qui plisse sur les bras et descend moins bas que la tunique dont je me demande d’ailleurs si dans un autre contexte elle ne pourrait pas être une robe. L’ensemble est terriblement vertical.

Les poignets cliquètent de bijoux, le cou de colliers souvent ethniques.

La tante se déplace comme si elle essayait de passer entre deux dimensions ; elle tente d’occuper le moins d’espace possible. On a l’impression qu’elle n’a que deux dimensions ; on a envie de se porter sur la droite ou la gauche pour la voir de face. Elle ponctue ses phrases, ses soupirs, ses regards,  avec ses avants-bras.

Elle se nomme Eglantine.

Mais en fait non.

En fait elle s’appelle Evelyne.

Mais elle n’aime pas.

Et quand elle a rencontré son mari, il l’a appelé Eglantine ; une impulsion, un instinct, une vision ; il a nommé la femme qu’il a vu en elle et qui s’est mise à exister depuis lors.

C’est comme l’art moderne. La signification est dans l’oeil de l’observateur. Eh bien son mari, en voyant Evelyne,  a immédiatement discerné son potentiel en Eglantine.

Avouons-le, elle est plus convaincante en Eglantine.

Eglantine, ça se prononce un peu Eglanteene, voire Eglantheene, voyez, en faisant un demi th de that. La deuxième syllabe, c’est la petite subtilité, doit être exhalée, pensivement, ou jaillir, d’un souffle, du plus profond du corps. Comme si on gémissait, tel le voyageur assoiffé parcourant le désert et tout d’un coup découvrant Celle Qui Sera Sa Source – vous voyez ?

Oui, parce que quand vous la rencontrez, ça doit être de type révélatif. Vous la voyez et – aaaaaaah, vous l’aimez vous l’idôlatrez elle est merveilleuse. Une passion nait entre vous et elle. Elle vous adore. Vous l’adorez aussi. Car elle est jeune, elle est créative, elle est passionnée. Surtout par l’Autre.

Et un jour, forcément, l’Autre, ça a été moi.

Pierre-Henri : le cas de l’apéritif sur la terrasse

C’est pas le tout de procéder à des raccourcis pseudo culturels abusifs et de fouiller les coins obscurs des bibliothéques parisiennes, mais je sens que je vais perdre de vue l’un des deux objectifs que je m’étais antérieurement fixés – il faut se fixer des objectifs, sinon on n’arrive à rien.

L’un était : pourquoi il faut quitter Pierre-Henri. On dira : c’est perso. Et je dirais : certes, mais ce qu’il y a de bien, c’est que si j’ai envie d’en parler je le fais et picétou. Car, en effet, pourquoi quitter Pierre-Henri?

L’autre était, en fait, plus ou moins inverse : pourquoi sortir avec Pierre-Henri, ou, plus généralement, doit-on ou ne doit-on pas profiter des opportunités sentimentales qui s’offrent à vous, dans toute leur complexité? Ou, en d’autres termes, pourquoi sort-on avec quelqu’un? On fera ça plus tard, je crains que certains ne suivent pas. Même moi, je sens que je me perds.

Revenons au premier mouton.
Pourquoi faut-il quitter Pierre-Henri? (cette question ne concerne que moi, mais je suis sûre que des tas de gens se feront une joie ineffable de participer).
J’ai tenté la réflexion analytique. Mais ce n’était pas mon jour.
Je préfère la réflexion pas analytique, quelquechose de plus inductif, qui nous mènera benoîtement à une conclusion.

Soit un week end avec Pierre-Henri.

Chez des amis.

Notons d’abord que la vie de Pierre-Henri regorge d’amis ; c’est fou ; il y a sa famille, les amis de sa famille (de ses parents, de ses tantes, de son oncle, de ses cousines, de ses cousins), puis les amis des amis des susdits.
Notons ensuite que la plupart d’entre eux ont des maisons à la campagne.
Ou des bateaux, mais j’ai été complètement ferme sur ce sujet : je ne mettrais jamais un pied sur un truc qui flotte sur de l’eau. Donc le bateau est exclu. La mer aussi, sauf s’il pleut. Je veux dire, aller m’allonger sur une plage est un truc que j’abhorre. Marcher mélancoliquement sur une plage sous la pluie, d’accord, mais je préfère boire un thé.
Toutefois, dans son stock d’amis, une quantité non négligeable a une maison dans les 100 km autour de Paris. Dans une première analyse, on peut dire que c’est bien. La campagne française est si jolie.

Mettons nous ensuite d’accord sur le terme maison. Ce n’est pas la petite maison pour la maman le papa et les pitinenfants. Non, ils ont une conception plus étendue de la maison. Dans un premier temps, je n’ai pas vu le piège. On rentrait dans ladite maison par un porche mollement ceint de chevrefeuille ; une allée de dalles entourées d’herbe menait à un garage, qui pouvait accueillir trois voitures (mais qu’est-ce que trois voitures, quand on a des amis et un super boulot, hein?) ; j’ai cru que le garage était la maison. Ah ah ah. Ma pauvre fille. Ben non, c’était le garage, plus quelques chambres au cas où. Pour la cas pas où , le normal, il y avait la maison. Une cuisine grande comme un salon, une salle à manger séparée du salon par une dénivellation, des couloirs, des escaliers : j’avais une impression de déjà vu : normal, ça faisait film des années soixante, un peu la maison dans Hibernatus, les petites villas ou James Bond est accueillis par des hôtes entourés de dames, ou celle du Limier (en moins anglais).
Bon, bon, me suis-je dit, et j’ai ajouté en moi-même : ne jette pas la pierre au riche, point de jalousie en ton coeur, si ça se trouve son coeur est grand, d’ailleurs il t’accueille, il y a des fleurs, des arbres, la forêt, c’est le partage des richesses. Why not. En plus il a vachement travaillé, alors que toi tu glandouille au boulot sur ton blog : alors ça va hein, de culpabiliser les gens namého.
Quand on arrive, je prends un douche d’une heure, à cause de la salle de bain (chez moi, je prends la douche les bras le long du corps, sinon je me cogne dans les mur ou je fais tomber le rideau de douche et après ça met de l’eau partout dans la salle de bain). Je fais des effets de serviette dans la salle de bain, je profite, quoi. Bon, eux, ils n’ont pas de radiateur pour faire chauffer la serviette et le tapis de bain, donc chez moi j’ai quand même le luxe des pieds chauds au sortir de la douche (si, si, un luxe).
Après, on a un peu de temps, on teste le lit.
Il est bien.
Après on reprend une douche.
Après on descend demander si on peut mettre la table ou donner un coup de main mais non t’es con il y a quelqu’un prendre l’apéritif.
J’adore l’apéritif.
Sur la terrasse.
Sur la table en tek.
Je fais des plans d’avenir pour calculer combien de temps je dois travailler pour avoir, pas nécessairement la maison, mais au moins la partie terrasse, table en tek et pot de fleurs.
ça sent la campagne.
On n’entend pas les voitures.
Autour de la table en tek, sur les chaises en tek, les fesses posées sur de super jolis petits coussins comme dans les magasines de déco, à côté d’un parasol fermé mais qui serait très chic s’il était ouvert, n’en doutons pas, nous avons :
Louis, Jean-Frédéric (dit Fred, car on est cool), Pierre-Henri, Astrid, Marie-Elisabeth, Coralie et Fanette.
Un choix d’alcool nous est proposé. Bon, moi je bois du vin blanc, ou alors parfois des mojitos.
Nous devisons.
Jean-Frédéric souhaite faire l’acquisition d’un appartement, les prix ayant baissés dernièrement. La conversation porte donc sur l’immoblier et la crise. Je renonce à en donner la teneur intégrale, comme c’est très ennuyeux, j’écoute à moitié et je siffle mon vin blanc à toute vitesse en zyeutant les pot de fleurs en tek, nettement plus intéressants que la conversation. L’idée, c’est l’appart de Marie-Elisabeth a perdu de sa valeur, mais elle s’en fout, mais bon quand même ; on sent une pointe d’amertume dans sa voix. Elle donne des exemples, combien elle l’a acheté, l’emprunt, combien elle remboruse, tout ça. Le tout très vite. Elle ne s’y retrouve pas, quoi. Je pourrais, à ce stade, dire « ben c’est la crise, hein » mais je m’abstiens, mon humour n’étant pas toujours bien perçu (NB : c’est à dire qu’ils pensent que je n’en ai pas, alors que je dégouline litttéralement d’humour). Donc je regarde mon pot de fleur en tek. Astrid  est propriétaire du sien, sa grand mère le lui a offert, ce qui est chouette, des grand-mères comme ça.  Jean-Frédéric reprend la main et expose son plan d’acquisition de biens immobiliers, lui il est ravi car la crise ça l’arrange. Il explique. Il fait un discours sur le thème « en vrai cépalacrise, c’est une période de restructuration nécessaire, on ajuste et ça repart, il faut savoir utiliser cette période ». Astrid prend un air indéfinissable et lui dit que c’est mal de profiter. Jean-Frédéric se marre. Marie-Elisabeth fait remarquer à Astrid que quand Louis a racheté un certain bien immobilier, elle n’a pas fait tant de remarques, alors que c’était aussi un peu abusé. Louis descend de sa hauteur pour dire que c’était une bonne affaire, point final. Je regarde Pierre-Henri, si c’est ça tout le repas ça promet. Pierre-Henri, qui ne saurait même pas acheter une voiture en faisant une affaire (et surtout le raconter pendant une demi-heure), garde un silence intéressé et courtois d’invité qui participe à la conversation. Marie-Elisabeth fait observer que l’argent circule et qu’il change de main c’est normal. Bon. On mange?
Non. La conversation passe ensuite sur les investissements ; en fait, c’est la même, sauf que c’est Marie -Elisabeth qui achète. C’est son métier. ça doit être fascinant.
Désespérée, je regarde autour de moi : c’est joli pourtant. De l’herbe bien tondue, des fleurs ; une haie. Plus loin, la forêt. S’ils se taisaient, on entendrait les oiseaux. Voilà qu’ils parlent de politique. Pierre-Henri, qui plane complètement, me regarde en souriant. Il a la tête du type qui passe un bonne soirée avec sa copine et ses potes. Damned. Damned. J’essaie de me connecter au sujet, mais je n’y parviens pas. Ils me gonflent avec leurs remarques intelligentes de gens qui savent, leur supériorité. Bon, à dire le vrai, Coralie est assez sympa, mais ça ne compense pas. Quand j’étais enfant, je voulais faire Arsène Lupin. Je me demande si ce n’est pas le moment de commencer. Qu’est-ce qu’il peut y avoir de sympa à voler ici? Est-ce que je pourrais le planquer dans le coffre de la voiture? Arsène Lupin a toujours des plans ingénieux, je sens que je serai faible en ingéniosité, surtout après le vin blanc. Non, ma chère, il faut voir les choses en face : c’est un tout. La terrasse et l’apéritif avec la conversation et les convives. Ou alors on change de Pierre-Henri, on en prend un plus… ou moins… plus ou moins quoi?  Il va falloir que je redéfinisse les standards fissa. Je suis floue sur mes exigences. Je pense à Lui (un autre, dont je suis amoureuse mais il m’a jeté, enfin pas, mais si un peu quand même). Je repense à Faustine. Qu’est-ce que je fais, je me lève, je quitte la table et je dis qu’à mon âge, j’ai le droit de rêver à une histoire d’amour sans apéro CAC 40? Pierre-Henri me sourit toujours. Mon Dieu. Mon Dieu. Il est trop gentil, préservez moi, il faut que j’apprenne à dire non à mon coeur d’artichaut, merde.

Pierre Henri au cinéma, 2

(Je rappelle que ça date d’un an à peu près)

Mais ça ne s’est pas passé comme je croyais. Nan.

D’abord, Pierre-Henri souriait quand nous nous sommes retrouvés. Il semblait content, heureux, zen, il souriait. ça m’a rendu muette. J’étais resté sur un m’as-tu vu prétentieux et vieille France, une race à part, et il souriait. Il m’a salué posément et m’a fait une petite causette dont je percevais bien que c’était un baratin poli de début de conversation, mais ça m’a terrassée.  Pas m’as-tu vu en paroles. Dans les gestes, une affectation, quelque chose de prétentieux, oui, mais atténué par les paroles.

Donc moi, tendue, sceptique, sotte d’avoir accepté de le rencontrer, et lui, charmant dans un style bon jeune homme, alternativement exaspérant et drôle quand même – volontairement ou involontairement. La file d’attente dans le froid, enfin pas si froid, mais j’étais gelée. La façon dont il tend le bras pour regarder sa montre. Dont il répond au téléphone, dont deux fois en anglais. Il m’explique des amis à lui l’attendent pour boire un verre, je lui réponds que je comprends l’anglais, et je ne vois pas où il veut en venir : ne leur a-t-il pas dit qu’il était occupé?

Il me sent agacée et lève un sourcil : naturellement, il leur a fait part de ses obligations, mais ces amis l’ont appelé à tout hasard et ne savaient pas s’il était pris ou non ce soir. J’adore l’idée d’être une obligation, et j’ai moins froid aux pieds. Quand on entre dans le cinéma, la même émotion qui me prend dans ce cinéma là (et pas dans les salle ultra modernes), me saisit. je suis toujours prise d’un petit coup au coeur en m’asseyant dans un Action (surtout le Ecole – nooooostaaaalgie). Je n’y peux rien. C’est un vrai cinéma (me dis-je à chaque fois). Les autres sont des lieux de consommation.

Donc, toute euphorique, ça me met dans une ambiance et un état d’esprit formidable. Je me mets à parler du film. Pierre-Henri m’écoute, intéressé. Et courtois. Chapeau. Un attendrissement me prend quand le film commence. Non, pas un attendrissement… Un respect. J’ai pitié de lui. Je suis vraiment trop chiante comme fille. Non, pas chiante… Bref. Je bascule dans le film, et puis, presque deux heures après, je débascule. Emballée, comme d’hab. Enthousiasmée, je me tourne vers Pierre-Henri, qui me fait part de son agréable surprise. Il s’attendait à un truc beaucoup plus ennuyeux, avoue-t-il : je ne suis pas la seule à avoir des préjugés. Du coup, il est plus décontracté. Moi aussi. On sort gais comme des pinsons, il fait nuit. Qu’est-ce que c’est rasoir, l’hiver. Mais du coup, le verre qu’on va boire avant de se séparer prend des airs hors du temps : il est six heures, mais il pourrait presque être minuit quand on passe dans les petites rues (dans les autres, il y a des boutiques, donc ça ne fait pas minuit). Cette illusion donne un air de fin de soirée à ce début de soirée, on parle, avec légèreté, on rigole, et on parle de cinéma, de films d’action, de Tigres et Dragons, il aime, j’aime, et je le quitte en me disant qu’il est, finalement, presque supportable.

Alors?

Pierre-Henri au cinéma

La première fois que nous sommes allés au cinéma ensemble, il y a un an, j’ai parlé à Pierre-Henri d’un film à l’Action Ecoles. Je voulais voir un vrai film, en l’occurrence Rosemary’s baby,  pas le dernier machin sorti, entre autres parce que j’avais déjà vu pas mal de machins sortis, et aussi pour éprouver un peu Pierre-Henri. je m’explique : si dès le début vous donnez dans le tout venant, à quel moment vous imposez vos gouts dans ce qu’ils peuvent avoir de particuliers? Moi, quand on me parle d’Akira Kurosawa, outre le fait que je ‘nai pas du tout envie de voir au pied levé un film d’Akira Kurosawa, enfin aps forcément, je parle tout de suite d’aller voir Die hard. Oui, car si le mec ou la nana fait la grimace, aaaaaah, Die Hard, aaaaah, quelle horreur, mais coment peux-tu regarder ça, je sais que ça ne va pas le faire. Je dis Die Hard, mais ça marche aussi avec les films de Bourne, ou même avec Prête moi ta main. Je déteste les gens qui n’aiment qu’une seule chose, ou qui sont intolérants. Ils sont nombreux. Donc, parier sur les gouts de quelqu’un et lui proposer l’inverse, ça permet de mesurer sa tolérance. Après, vous pouvez vous mettre à adorer un intégriste de la musique électro, du cinéma d’art et d’essai, de la littérature du XVIIème siècle ; ou un type qui abomine la campagne, les restaurants, le champagne, ou les cinémas d’art et d’essai ; il ne s’agit pas là d’amour, mais de sociabilité : c’est valable aussi pour les copines. Val déteste l’action écoles et me trouve snob. N’empêche que je l’ai traîné à deux ou trois trucs, et elle reconnu qu’il n’y a pas que du japonais sous titré où les mecs se regardent pendant des heures. Par exemple, elle a aimé Lily La Tigresse. Alors qu’elle a décidé de haïr Woody Allen. Selon elle, Woody Allen ne fait que des films d’intellectuels new yorkais chiant. Ah ouais. Escroc mais pas trop c’est vraiment un film chiant et intello. Bon, cela dit je m’engueule avec tout le monde sur Woody Allen (je serais plutôt une intégriste de Woody Allen) – donc je me tais. Je me connais, si je continue, je vais faire les questions et les réponses et m’engueuler toute seule.

Je m’égare. Donc, Rosemary’s baby. Un film que je peux toujours regarder. Dans n’importe quelles circonstances. Dans le pire des cas, je r egarde les robes de Mia F arrow. Je les veux toutes. J’aime bien aussi sa coupe de cheveux. Et ne parlons pas de Cassavetes, je suis intégriste aussi, et je vais aussi me disputer avec les cases de mon interface. D’ailleurs le film n’est pas de lui. Mais de Polanski. Ah, bien que j’aime beaucoup, je ne suis pas intégriste de Polanski. En tout cas, il y a du suspens et des trucs maléfiques, donc ça va si on veut aller regarder ça avec une personne pas très branchée cinéma d’auteur, sauf si la personne en question n’aime que le sang qui dégouline, vu que ça dégouline particulièrement peu. Mais disons que ça passe.

Et le lendemain matin, je me suis réveillée en me disant mais quelle conne, je suis dans Paris pendant la journée. Vous savez, le petit détail qui vous bouffe? Pierre-Henri avait proposé de venir me chercher, ce qui m’avait paru étrange, et j’avais bataillé pour qu’il ne vienne pas, aprce que ça me paraissait surréaliste qu’un mec vienne me chercher en voiture à Paris. Finalement j’ai accepté, mais c’est donc le lendemain que j’ai réalisé l’erreur fatale : j’allais passer le début de l’après midi avec une copine près du canal Saint Martin (ou dans le Marais, pour trouver des machins dans les boutiques de grossistes), donc c’était pas pratique DU TOUT donc il me fallait rappeler Pierre-Henri pour lui dire, donc j’ai d’abord attendu parce qu’il était tôt, puis oublié de l’appeler, m’en suis souvenu en fin de matinée, mais il ne répondait pas, j’envoyais des SMS, puis j’ai arrêté d’en envoyer en me sentant nulle, du coup partie de chez moi énervée sans avoir tout fait, mes courses en vrac au milieu de la pièce, j’ai retrouvé la copine, on cherchait des bricoles pour cadeaux de petites filles, et chez les grossistes par là il y a des trucs.. pour petites filles, voire grandes. Enervée de ne pas savoir s’il avait eu mes SMS, j’étais, pas concentrée, le jour où vous vous focalisez sur le petit détail qui cloche ; et en suite tout cloche. Mal aux pieds. Froids aux pieds. Eternuements. Veux une soupe, un gâteau au chocolat, un truc pour me consoler. La copine qui saoule. Bref. Enfin le sms. Ah, il l’a reçu mais il confirme qu’il vient chez moi. Grr. N’a pas l’esprit vif. Echange de SMS. Il finit par accepter le rendez vous devant le cinéma. Grr. ça va me prendre la tête, ça me prend déjà la tête.