Archives de Catégorie: Boulot

Perte du Triple A : don’t panic, Sarkozy relativise !

Au boulot, on est toute un peu triste de la perte du Triple A. Ça fait tout drôle. On s’est demandé si tout allait être changé dans notre vie, mais non, pas du tout.
Le métro est le même, les usagers ont la même tête que d’habitude, bref, on croirait que tout va toujours bien.
C’est dingue.
Et puis j’ai vu ce que le Président a dit à Madrid, et franchement, on s’est demandé si la perte du Triple A valait toute cette mise en scène dramatique.
Encore un coup des médias qui nous mentent, les fourbes.
En fait, c’est pas grave du tout.
Nicolas Sarkozy, en déplacement à Madrid pour recevoir la Toison d’Or, soit la plus haute distinction espagnole, a répondu à un journaliste qui l’interrogeait sur la perte du triple A qu’« en France, ce ne sont pas les agences de notation qui doivent définir les politiques économiques ».
Pourtant, vu le barouf autour de ce triple AAA, j’eusse cru que si, précisément.
J’ai informé mes collègues de travail, immédiatement, et j’ai bien senti que le soulagement les faisait se tenir plus droites, le menton haut, sur leurs chaises, et que le poids de ce triple A perdu se retirait de leurs épaules.
Je leur ai lu la suite de l’article : notre Président en appelle à la « mesure » et au « sang-froid ». Oui, car les avis des agences de notation sont des « éléments intéressants sur lesquels il convient de ne pas exagérer ». Sans plus. Ouf.
Il en a profité pour rappeler que cette crise « sans précédent nous impose de réduire nos dépenses, nos déficits et de retrouver le chemin d’une nouvelle croissance en résolvant les problèmes de compétitivité ». Gaby, qui n’est au fond qu’une affreuse gauchiste, a émis des gloussements amers et sceptiques.
Mais même Rajoy, le nouveau chef du gouvernement espagnol, était d’accord. Il l’a dit dans sa conférence de presse. Il a annoncé son appui pour la mise en place d’une taxe sur les transactions financières, chère à Nicolas Sarkozy, sauf qu’on n’a pas bien saisi s’il inclinait vers le calendrier français ou allemand. « L’Espagne doit conserver son poste à la BCE [Banque centrale européenne] », a-t-il aussi affirmé. Selon plusieurs médias, les Pays-Bas et d’autres pays essayent d’empêcher l’Espagne de garder ce siège quand le mandat de José Manuel Gonzalez-Paramo se terminera en juin 2012. Nicolas Sarkozy a promis à l’Espagne le soutien de la France sur cette question.
Le Président français a également évoqué «ceux qui se trouvaient tellement bavards vendredi et ceux qui sont tellement silencieux lundi», c’est à dire les gauchistes (hein, Gaby ?) qui se sont «réjouis» un peu trop vite, selon lui, des mauvaises nouvelles du week-end. Car, le fait est que les marchés n’ont pas réagi négativement lundi en attaquant l’euro. Et il a aussi rappelé que « deux agences sur trois » soutiennent la France.
Pour se remonter le moral, on a relu son intervention de dimanche, relayée par la Pravda le Figaro, dimanche. «Depuis que nous sommes dans la bourrasque de la crise, je ne trouve pas d’autre guide à l’action, dans ces temps troublés, que vérité et courage», a-t-il dit, à Amboise ce dimanche. «C’est une épreuve. Il faut l’affronter. On ne répond pas à la crise de cette ampleur par l’agitation, l’emportement et la polémique. Pour ma part, à l’occasion de ce sommet de crise, je dirai la vérité aux partenaires sociaux le 18 janvier. Je parlerai aux Français à la fin du mois. Je leur dirai que, comme en 1958, la crise peut être surmontée pourvu que nous ayons la volonté collective et le courage de réformer notre pays.»
Dimanche, le mot courage a été prononcé sept fois. SEPT FOIS. A la fin du mois, m’est avis qu’on va avoir droit à du sang et des larmes dans le discours…

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Indignée

Elle se plaint tout le temps. Je viens juste de m’en rendre compte. Je parle d’Isabelle.

Isabelle, la secrétaire comptable.

Elle se plaint. Elle se lime les ongles et elle se plaint.

Probablement se prend-elle pour une révolutionnaire, probablement estime-t-elle s’indigner, très à la mode.

Cas d’école. Nous sommes au bureau. Ça y est, tout d’un coup, il y a le feu au lac, le chef est descendu de son bureau par l’escalier en colimaçon qui tremble, personne ne sort, on a un nouveau projet, le client a donné le feu vert, il faut recruter les petites mains qui le mettront en oeuvre. Ça, c’est le job de Diva, qui fait comme lui a dit le chef, elle est pas non plus là pour penser, Diva : elle envoie un mail groupé et elle prend les petites mains qui appellent dans l’ordre (de leur appel ou mail en retour).

C’est pas non plus comme s’il fallait recruter les gens pour leur expérience ou la qualité du travail qu’ils font, hein, ne nous y trompons pas. Non, on est moderne, nous : le chef il en a dit boulot, donc boulot, donc petites mains, donc plus Diva elle a vite son stock de petites mains, plus le chef être content. Pas aller plus loin, compliqué, pas bien.

Les problèmes de qualité et de compétences on les gère autrement. Ce n’est pas l’objet de ce post. (mais c’est bien aussi)

Bref, voilà comment Diva recrute ; naturellement, c’est absolument affreux comme procédé, et, donc, Isabelle n’en peut plus.

Quand Isabelle n’en peut plus, elle inspire à fond, se redresse et jette des coups d’oeil autour d’elle pour voir si elle rencontre quelqu’un qui partagera son indignation.

Si j’ai envie d’une pause café, je partage éventuellement l’indignation. Sinon, Gaby, jamais en reste pour dire du mal de Diva, s’y collera volontiers. Isabelle préfère Gaby, plus expressive, mais elle se contente de moi volontiers.

– Tu te rends compte, non mais tu te rends compte.

Isabelle est devant la machine à café, elle tourne le dos à Diva (qui envoie ses mails groupés : concentration TOTALE, une attaque de stuka ne la tirerait pas de son écran, elle cherche dans ses contacts et elle essaie de ne sélectionner que les bons – pas facile de cliquer juste là où il faut), mais elle respire à peine, tant sa colère est intense.

-Tu te rends compte ! comment on traite les gens !

– Mmm, fais-je.

– Mais ça c’est Marc, tu me diras, mais tu ne vas pas me faire croire qu’elle pourrait s’y prendre AUTREMENT ?

– Si, dis-je.

– Elle pourrait les appeler. Bon, je dis pas ça pour moi…

Explication : le jeune beau-frère d’Isabelle est présent dans la liste officielle des petites mains. Diva l’y a mis pour faire plaisir à Isabelle. Mais il ne reçoit jamais les mails. Il faut dire qu’il est nul (et con). Mais d’autres petites mains recrutés par Diva le sont tout autant. Dès lors, il y a favoritisme. Quitte à recruter des incompétents, ils pourraient parfaitement être le beau-frère d’Isabelle, non ?

Donc, le dos tourné à Diva, à la peine sur son PC, Isabelle, suffoquée apr l’indignation, promène autour d’elle, le menton fièrement levé, des regards brûlants d’une fureur quasi trotskiste (mais on ne sait pas si elle connait le concept). En fait, très concrètement, elle regarde surtout le mur, car pour tourner le dos à Diva il faut regarder le mur. Mais vous saisissez l’idée.

Elle prend son gobelet de café en secouant la tête à petits coups, vous savez, ces petits non non non, tout mais pas ça. Regardons-là ensemble : tant de passion, ça retourne.

En effet, elle commence àr se placer sur un terrain, disons, social : « Mais où on va si on traite les gens comme ça ? ». Bon, mais c’est glissant, elle ne se sent pas très sûre, alors elle change d’angle : l’angle pro. « On recrute les gens pour leur compétences, c’est un métier ! » articule-t-elle tout doucement, au cas où Diva ou Marc l’entendrait. Là, c’est sa conscience professionnelle qui suffoque.

Je hausse les sourcils et je serre les lèvres, pour dire « ah la la, tout fout camp, mais c’est à moi que tu dis ça », mais sans effort et en plus rapide. Vous pourriez penser qu’elle va me trouver légère dans mon appréciation. Pas du tout. Elle se contente d’un faible assentiment.

Tout cela se conclut par un soupir, bien marqué, avec repositionnement des épaules. J’ai rarement vu quelqu’un de si expressif du corps. Dramatiquement, elle se fige, comme plongée dans ses pensés, puis broie le gobelet plastique dans ses mains et s’en retourne à son bureau, non sans m’avoir décoché un ultime regard chaviré, bouleversé.

Johnny à Cannes : ça jacasse au boulot

Ce matin, je débarque au boulot, bon, comme d’hab, sortir du métro, marcher dans la rue, pousser la lourde porte cochère, marcher jusqu’au fond de la cour : c’est le moment que je préfère, nos trois plantes en pots me font penser à une forêt (à Paris, autant avoir de l’imagination), je monte les trois marches et pousse la porte vitrée teintée de l’open space. Direction : la cafetière.

Autour de la cafetière, Isabelle, Diva et Gaby, trois de mes collègues. Isabelle, 27 ans, la secrétaire, Diva, 38 ans, l’assistante et Gaby, 52 ans, chargée de projet. Le temps me manque pour les présenter plus en détail… Il faudra. Bref. Elles ont des rapports en dents de scie, mais là, l’heure est à l’union, à la gaieté, visiblement.

Alors que moi, mal réveillée, j’ai une barre sur les yeux.

Elles parlent.

– Tu te rend compte?

– Moi ça m’étonne pas.

– Ah mais je l’avais lu je sais plus où mais quelque part.

– Johnnie To? ça fait pas chinois.

Une pensée brumeuse se forme dans mon esprit tandis que je me verse hâtivement mon café ; un nuage gris, noirâtre, ça se concentre, ça se concentre et bing ! le nuage se transforme en point qui explose, big bang matinal dans mon cerveau, et je me souviens de cet article de Slate, qu’elles n’ont pas lu, elles papotent, elles, il y en a d’autres qui surfent.

– Pas pire que John Woo, grommellé-je, alors qu’on ne me demande rien.

– Ben sûrement, dit Isabelle, qui ne regarderait pas un film de John Woo même si on le lui offrait en bonus avec son Chocapic.

– Tu savais, me demande Diva, en proie à une vive émotion qui la rend visiblement désireuse de communiquer, que Johnny était à Cannes?

Non, enfin si je l’ai lu mais je n’ai pas sauté en l’air plus que ça. mais je prends un air écrasant. La barre noire devient grise. L’air s’éclaircit.

– Bien sûr. Pour un film de Johnny To? « Je n’en savais rien, mais bon. Je tire les conclusions qui s’imposent. Isabelle me regarde avec admiration ; Diva fait bonne figure ; seule Gaby, qui n’est pas née de la dernière pluie, se marre discrètement ; elle se doute que je n’en savais rien. Mais comme elle prend Isabelle et Diva pour des abruties, elle ne dit rien, et admire mon rétablissement.

– Ben oui, j’ajoute, sur le ton de « mais enfin MAIS TOUT LE MONDE sait ça – enfin quoi, ho ».

– Et dis donc, les conditions de travail des chinois, c’est pas comme chez nous, poursuit Diva.

– Pas que dans le cinéma, fait Gaby de sa voix de fumeuse. Je me le suis laissé dire, en tout cas.

La suite….

Silence, on rationalise

L’heure est aux économies et à la rationalisation, chez moi. Marc est tout pâle du désir de rationaliser et de réduire les coûts. ça ne rigole pas.

Et alors moi, ça me fait irrémédiablement penser à un roman de mon enfance, un de mes meilleurs souvenirs, Treize à la douzaine. En effet, le papa était expert en ergonomie. Il faisait des études pour savoir de quelle façon il fallait faire des trucs pour aller plus vite ou dépenser moins de sous. Je me souviens d’un passage du livre. En costard cravate, il passe à côté d’un maçon bâtissant un mur et lui fait remarquer qu’il s’y prend mal. Furieux, le maçon (ignorant que papa Gilbreth avait jadis été maçon) lui met sa truelle et les briques dans les mains en disant : « vas-y, toi, puisque tu es si malin ». Et hop, Gilbreth se met à poser des briques à toute vitesse et le maçon se marre, en lui disant qu’il est certain d’avoir affaire à un type qui a posé des briques toute sa vie.

Bref. Et donc, quand Marc a commencé à descendre dans notre rez de chaussée, du tour de sa tour d’ivoire de bureau, pour nous parler, j’ai pensé à ça.

Je vous brosse le tableau, il le faut, pour suivre.

La suite.

Sauvages luttes d’influences au boulot

luxembourg Statue

Souvenez vous, je parlais d‘Hélène, la nouvelle employée d’à côté, arrivée à temps pour repeupler le paysage social du boulot, qui commençait à sérieusement battre de l’aile.

Diva et Isabelle se livrent une lutte d’influence furieuse pour conquérir la petite Hélène. Je dis petite car elle n’est pas grande.

J’ai d’abord pris Hélène pour une bécasse. Ce n’est peut-être pas faux, en fait, lors d’une discussion extrêmement peu technique sur les internautes qui téléchargent des trucs, et la loi Hadopi, quelqu’un a parlé de serveur proxy, et comme Diva s’inquiétait de savoir ce que c’était, j’ai dit que les Chinois s’en servaient, pour autant que j’en sache, de façon à surfer anonymement sans être inquiétés. « Mais pourquoi seraient-ils inquiétés? m’a demandé Hélène.

– Mais, ai-je murmuré, troublée, mais leur gouvernement ne les laisse pas lire les sites qu’ils veulent. C’est un état autoritaire.

J’allais en dire plus, mais Hélène m’a regardé avec ahurissement et m’ a dit : « mais pourtant c’est comme en Russie, c’est fini le communisme? »

ça m’a fait un peu comme quand un ascenseur descend très vite, un choc au coeur, j’ai rougi et je l’ai regardé avec effarement sans rien dire. Presque immédiatement, j’ai pensé que c’était peut-être une forme très subtile d’humour. Pendant que des pensées confuses m’agitaient, Isabelle parlait de son beau frère, responsable d’une agence bancaire, qui télécharge des tas de films (alors qu’il n’est même pas un ado livide qui passe son temps sur internet, mais un monsieur arrivé, un peu bedonnant et père de famille). Ce n’était plus le moment de parler de la Chine. Surtout que je ne sais pas comment aborder le sujet. Par exemple, je pouvais aller la voir en disant : « ah bon? La Chine n’est pas communiste?  » ou alors, plus défenseuse des Droits de l’Homme, lui foncer dessus à la prochaine pause cigarette et attaquer :  » dis donc, j’ai l’impression que tu n’as pas une vision des choses tout à fait juste de la situation en Chine », et enchaîner sur un cours. Mais l’ignorance m’angoisse. La façon à la fois naïve et bébête dont certaines choses sont ignorées par certaines personnes me fait peur, un peu comme une obscénité, mais je ne sais quelle attitude adopter. Par ailleurs, je ne sais pas discourir sur ses sujets. En plus, après, on a des débats prise de tête, alors que je n’aspire quà la paix et au silence. Dois-je éduquer tout mon bureau, qui s’en fout? Est-il possible de lutter contre la stupidité?

De toute façon, le sujet s’est éloigné de nous. Par la suite, j’ai bien remarqué qu’Hélène avait, à tout le moins, d’autres compétences. Celles, par exemple, d’opposer Diva à Isabelle, pour son bénéfice personnel. Là, en l’occurrence, c’était simple et efficace : que fallait-il montrer à sa soeur, qui montait le week end à Paris, qui soit typique de Paris? Bon, la soeur voulait absolument voir la tour Eiffel, et absolument les Champs Elysées. Mais à part ça? La Chine pouvait aller se rhabiller, là il y avait autrement plus matière à, et ça nous a fait deux jours (jeudi vendredi) plus un débrief le lundi.Diva et Isabelle rivalisant d’ardeur dans la proposition.

Perso, je m’étais mise hors jeu tout de suite, en insistant sur les statues du Luxembourg, alors que tout le monde sait que ça n’a aucun intérêt.

Hichem et Anne

velo

Ça fait longtemps que je veux parler d’eux, et j’oublie. Je ne sais plus comment j’ai appelé sa femme dans les posts où j’ai parlé d’elle, alors on va dire Anne.

Hichem et sa femme ont la boîte d’à côté, elle donne dans la même cour que nous.

Hichem est un homme à la Danny de Vito ou Philippe Timsit, petit, drôle, rapide, il bouge ses mains quand il parle, fait le con tout le temps, impossible de ne pas rire avec lui. Il parle vite, a des idées tout le temps, et encourage tout le temps les gens. Parfois il ne parle pas et il reste pensif. Mais c’est rare. Il a une confiance en lui hallucinante, ce qui est d’autant plus surprenant que bien qu’il sache plein de trucs, ait plein d’idées, il n’a pas énormément de succès dans ses affaires, qui vivotent plutôt. Enfin, pas vivotent, mais bon, ça ne marche pas du feu de Dieu.

Il a un esprit à tiroir, il connaît toujours quelqu’un dans un lieu précis qui sûrement peut résoudre ton problème, parfois même il te parle de la personne en question avant que le moindre souci se soit présenté, ce qui fait qu’ensuite, quand un truc cloche, on se souvient de ce qu’il a dit et cette façon qu’il a d’anticiper les problèmes avec pertinence est frappante. Le problème, c’est qu’entre deux solutions, la bricolée et la raisonnable, il choisit toujours la bricolée – même s’il est conscient du fait que la raisonnable serait plus… raisonnable. Il est incapable, par exemple, de résister à une « bonne affaire » comme de racheter à une boîte qui ferme des imprimantes « presque neuves ». Quand le tiers des imprimantes lui claque dans les mains, sa femme râle en lui faisant remarquer que s’ils avaient acheté des neuves ils en seraient quasiment au même point, il se dispute avec elle pendant une heure, ils crient, ça fait du bruit, et quand elle est partie il vient dire : « Le pire, c’est qu’elle a raison! » et il lui offre des fleurs, le lendemain, pour se faire pardonner, et elle dit alors :  » Si tu rajoutes le prix des fleurs à celui des imprimantes, ça fait pareil ». Et lui : « Alors dans ce cas, ma chérie, j’ai eu raison, ça m’a permis de t’offrir des fleurs ! » Du coup elle se marre, tout en étant un peu fachée, et ainsi de suite.

Alors qu’Hichem est petit et rond, Anne est fine, maigre, et nerveuse, plus sèche que lui. Elle parle aussi beaucoup, mais se tait aussi. Elle pose parfois plein de questions un peu indiscrète, par une sorte d’élan un peu nerveux de curiosité, puis après te répète trois fois que non, non, elle demande ça mais ne lui dit pas, elle parle toujours trop. C’est l’un de ses leitmotivs « je parle toujours trop ». Elle est attifée plus qu’habillée, mais avec une fantaisie qui parfois la rend jolie, et parfois plouc. C’est très curieux.

Diva a (on se demande pourquoi) pitié de Anne ; elle déteste Hichem, qui se moque d’elle si finement qu’elle ne sait pas quoi répondre. Anne et Hichem n’aiment pas trop Diva, mais sans plus, quoique parfois Anne soit très énervée après Diva. Anne est super copine avec Isabelle. Un repas avec les deux à la brasserie est horrible. Epuisant. Elles parlent tout le temps.

Plus ça va, plus je les apprécie. En fait, ils sont de plus en plus agréables et souriants au fur et à mesure. Ils sont profondément gais. C’est incroyable comme la gaieté est bénéfique. Rien à voir avec le sérieux lugubre et pouet pouet de Marc.

Pourtant, il arrive à Hichem de piquer des rages contre tout le monde dans sa boîte… Mais ça reste, je ne sais pourquoi, tonifiant.

Diva, ma copine

cour-21

Rien à faire, j’aime bien Diva. Enfin je ne l’aime pas avec affection, mais je suis contente de connaître quelqu’un comme elle.

Soyons ENCORE plus subtil : je suis contente de connaître quelqu’un comme elle et de ne pas me sentir inquiétée par elle.

Oui, contente, car ça veut dire que j’ai plus de confiance en moi qu’avant, et c’est important pour moi.

Diva a dernièrement une nouvelle copine, la nouvelle employée de chez Hichem, Hélène. Hélène est une petite femme assez marrante, toute petite mais avec un caractère très affirmé, bien qu’elle ne parle pas beaucoup. (Hichem est le type de la boîte d’à côté, il a une vitrine sur le rue mais le fond de ses bureaux communiquent aussi avec le cour, il travaillait avant dans l’immobilier, mais maintenant il est agent de voyage ; enfin il liquide encore des appart’, si je comprends bien, il a une épouse bavarde et charmante, que j’ai appelé je ne sais plus comment dans les autres posts).

Donc, Hélène travaille chez Hichem depuis disons deux mois. On l’a connue parce qu’elle sort fumer dans la cour.

En la voyant, Diva s’est écrié : « Oh, il faut aller lui souhaiter la bienvenue! ». Car notre Diva est conviviale. En fait, elle a du se dire que ça fleurait bon la source supplémentaire de potins (Hichem est arabe ; pas sa femme ; Diva soupçonne donc Hichem de toute sorte de turpitudes ; Hichem, qui a un physique à la Danny De Vito, et dont la transparence comptable est douteuse, ne semble par ailleurs pas du tout doué pour les turpitudes ; ou alors il ne dort jamais, et sa femme, qui ne le quitte pas, est aveugle ; par ailleurs, Hichem est terriblement drôle).

Donc Diva s’est précicpité pour aller saluer la petite Hélène, et n’a pas tardé à nous la présenter. ça n’a pas plu des masses à Isabelle, laissez-moi vous le dire, car Diva l’a complètement coiffé au poteau socialement. Mais Isabelle est au mieux avec la femme d’Hichem (qui n’aime pas Diva) et elle a contre attaqué en organisant une séance shopping dont l’utilité m’échappe, à laquelle j’ai d’ailleurs été conviée – mais j’ai décliné, eu égard à ma vie sociale trépidante (Hedwige) qui commence entre la porte vitrée du bureau et la porte cochère de la cour. Il s’agissait d’aller repérer des bottes. C’est la mode. Enfin, je crois que ça passe, mais elles ne lisent pas des blogs modes comme moi, les malheureuses, elles vont être out of the tendance, ça va être affreux. En même temps, ça me va bien de dire ça. Vu que je suis out tout le temps (mais dans le out tout le temps, il y a une forme de cohérence, et je préfère être out tout le temps qu’en retard ; c’est mon petit snobisme ; j’ai été très ennuyée quand Punky b. s’est passionné pour les chemises à carreaux de bucheron canadien, j’aime ça depuis toujours. Mais je crois que l’hiver prochain ça sera plus du tout fashion, je pourrais les remettre ). Donc, il fallait aller acheter des bottes. j’ai fait comme si les bottes, je ne savais même pas ce que c’était et elles ont fait pff.

Sans Diva, le shopping.

Bien organisé, Isabelle, je suis assez contente d’elle. A midi, Hélène avait été monopolisée par le femme d’Hichem, Isabelle, la secrétaire d’Hichem et moi (j’ai capté le piège après). Repas à la brasserie. Diva, avec sa soupe, a fait comme si elle s’en foutait, elle avait mieux à faire, soigner sa ligne pour l’été qui venait. Mais en fait elle enrageait. Pendant le repas, Isabelle a envisagé l’hypothèse de se rendre toutes ensemble, super sympa, non? aux halles pour faire les boutiques (ouééééééééé), idée qu’Hélène a semblé considérer avec bienveillance (ah ouais-euh, ouais-euh, pourquoi pas- euh, cool). Dans le courant de l’après midi, Isabelle a laissé planer un doute (aurait-elle le temps? Etait-ce approprié? Etait-ce raisonnable? Non, raisonnable, pas, car avec toutes ces choses à faire, pff, qu’en pensai-je moi-même? je lui ai cité Oscar Wilde, un peu de culture dans un monde obsédé par la consommation, « les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais« , ça l’a surpris, Oscar Wilde avait-il dit ça? Je crois qu’elle pense qu’Oscar Wilde a écrit Emma, la littérature anglaise c’est pas trop son truc, mais l’argument a porté) , puis vers 15 h 30, alors que Diva avait déjà annoncé que l’Amour de Sa Vie, son deuxième mari, l’homme le plus merveilleux de Tous Les Hommes, le sublime, le grand, l’unique Vincent venait la chercher, hop, Isabelle a réuni ses troupes et mis sur pied la virée aux Halles.

Et toc. Diva, qui nous avait déjà vendu sa Merveilleuse Soirée D’Amour avec Cet Homme Merveilleux, en tout cas vachement plus merveilleux que son salaud de premier mari (qui file le parfait amour avec une jeune fille nommée Fadila quelque chose, d’où l’antipathie de Diva envers Hichem), ne pouvait plus reculer. Elle était condamnée à la soirée d’Amour, alors qu’Isabelle allait s’acheter des bottes, avec la nouvelle employée d’Hichem et sa femme.

– Tu y vas aussi? vint-elle me demander d’un air léger.

– Ah non, moi j’ai rendez vous avec des amis on doit tous aller chez une copine et après on va peut-être aller chez une copine , une autre, et je dois aussi dîner avec quelqu’un mais je ne sais pas si ça va se faire.

Et le portable sonne, Pierre-Henri (mon amour !!! ) qui me demande si je suis libre, je lui dis la même chose, mais demain OK : ouf, si c’est pas de la vie sociale, merdalors. Donc les bottes non.

– Mais j’aurais bien aimé, dis-je, le regard innocent.

Diva me  regarde.

– ma chérie -non.

– Ah non?

– Les Halles.

– T’aimes pas les Halles? (Le regard de Hello Kitty, zentille).

– C’est vulgaire.

Il est vrai que Diva se confond littéralement avec l’élégance. Je ne m’étouffe pas dans mon café, et j’ai du mérite.

– Ah tu trouves. Ben moi j’ai acheté des pompes à 5 euros, j’étais bien contente.

Diva s’éloigne, désespérée par ma non-hypitude absolue. Des pompes à 5 euros. Et je n’ai même pas honte (non, car quoique plastiques, elles faisaient leur effet, et quand on n’a pas trop de sous, eh bien voilà).

Mais Diva n’a pas dit son dernier mot avec Hélène.

(Raté pour 500 mots… Désolée. J’en ai marre).